
Avant, avant, il y avait un bûcheron nommé Saé. Il marchait sur un chemin de forêt, rentrant chez lui avec sur le dos le bois qu’il avait coupé. Tandis qu’il marchait à pas lent, il entendit comme un miaulement. Il tendit l’oreille et remarqua que le miaulement se transformait en suite de mots : « J’ai mal », « à l’aide ! »
Alors Saé chercha l’origine de ces plaintes en regardant autour de lui. Il parvint à trouver ce qui se plaignait de la sorte : il s’agissait d’un chat.
Il ouvrait la gueule comme pour miauler mais Saé entendait bel et bien des mots de la langue des humains :
<<Tu m’entends ? demande l’animal.
-Oui, je t’entends. Répond le bûcheron. Que t’arrive t-il ?
-Les humains m’entendent, mais toi tu me comprends ! C’est étonnant ! S’il te plaît, aide-moi… j’ai la patte cassée et si je reste ici cette nuit, je ne serai certainement pas vivant quand le soleil se lèvera.
-Attends un moment, je reviens.>> lui dit simplement Saé en laissant son bois à côté de l’animal blessé.
Il s’éloigna et se retournant pour lui dire avec un sourire :
<<N’en profite pas pour t’enfuir avec mon bois !>>
Le chat plissa les yeux et oublia la douleur un moment.
Saé alla chercher toutes sortes de végétaux et tressa une sorte de natte. Il revint ensuite pour la passer doucement sous le chat et le souleva en faisant attention. Il transporta l’animal blessé et son chargement de bois jusqu’à sa maison et durant tout le trajet il lui semblait entendre un ronronnement de soulagement.
Il soigna le chat et, au bout de quelque temps, il put se remettre sur ses pattes et marcher normalement.
Au moment de partir, le chat lui dit :
<<Merci, Saé, merci beaucoup. Je te dois la vie. Lorsque tu auras besoin de moi, appelle moi. Je t’entendrai à coup sûr et je viendrai jusqu’à toi.>>
Saé salua le chat et lui dit de faire attention à sa santé.
Le bûcheron fit pourtant attention à la sienne mais bientôt, il tomba gravement malade et restait depuis plusieurs jours au lit, brûlant de fièvre.
Sa fenêtre était entrouverte et le chat apparut.
<<Eh bien, te voilà en mauvaise posture. Ça m’attriste de te voir dans cet état. Je te dois la vie, je peux t’aider. »
-Merci cher chat, mais crois-moi, je vais m’en sortir, ne t’inquiète pas>>
Le chat resta silencieux un moment.
<<Comme tu veux. Mais n’oublie pas de m’appeler lorsque tu auras besoin. Je t’entendrai comme tu m’as entendu.>> dit-il au bûcheron. Et il repartit.
La fièvre finit par tomber et Saé par guérir et reprendre sa vie de bûcheron.
Un autre temps, l’hiver fut très, très rude et la nourriture manqua. Saé devint tout maigre et coupait moins de bois. Un soir, il grelottait sous plusieurs vêtements lorsque le chat passa sa tête par la fenêtre entrebâillée.
<<Eh bien, te voilà en mauvaise posture. Ça m’attriste de te voir dans cet état. Je te dois la vie et je peux t’aider à te nourrir.
-Merci cher chat, mais crois moi, je vais m’en sortir , ne t’inquiète pas.>>
Le chat attendit un instant.
<<Comme tu voudras, mais n’oublie pas de m’appeler lorsque tu auras besoin besoin de moi.>>
Et il repartit.
L’hiver rude laissa place à un superbe printemps, magnifique. La terre donna doublement, Saé reprit des forces, il continua sa vie de bûcheron dans la forêt.
Un autre jour, Saé cherchait en vain à écrire un poème pour la personne qu’il aimait. Il y passait des nuits et des nuits et n’y parvenant pas, il perdait le goût de la vie.
Le chat passa par la fenêtre entrouverte.
<<Eh bien, tu sembles en mauvaise posture, ça m’attriste de te voir dans cet état. Je peux t’aider à trouver l’inspiration.
-Merci cher chat, Mais je vais y arriver, ne t’inquiète donc pas.>>
Le chat allait repartir après avoir répété au bûcheron qu’il ne devait pas hésiter à l’appeler s’il en avait besoin. Mais après quelques pas, il revint à la fenêtre.
<<Je ne comprend pas pourquoi tu t’obstines refuser mon aide.
-Il y a plusieurs choses que tu n’as pas comprises, mon cher chat…>>
Saé n’en dit pas plus et le chat reprit sa route, intrigué.
Il revint un jour. Le bûcheron vivait maintenant avec la personne qu’il aimait.
-J’ai compris plusieurs choses. » dit d’entrée l’animal.
-C’est vrai ? Et lesquelles, cher chat ? »
-Eh bien, tout d’abord, tu refuseras toujours mon aide. Car il me semble que tu m’aies sauvé la vie sans rien attendre en retour.
-C’est exact. dit le bûcheron.
-Et aussi, cette fenêtre reste entrouverte car il me semble que je suis le bienvenu dans ta demeure, même sans t’apporter mon aide.
-C’est bien vrai. dit le bûcheron.
-Et enfin, j’ai surtout compris que tu étais un sacré dur à cuire qui se sort de toutes sortes de situations.
-Ah ah ! Ce n’est pas faux cher matou. dit le bûcheron.
-Alors, puis-je au moins t’offrir mon amitié, sans rien en retour ? proposa le chat.
-J’en serais plus que ravi ! s’exclama Saé.
Le chat entra alors dans la maison et vint s’installer devant le foyer, qui dégageait une très douce chaleur.
